15 mars 2014
14 févr. 2014
LE TEMPS Où TU TE TROUVES
Je voulais t’écrire une lettre qui ait un rapport au temps,
une lettre qui parlerait de toi, qui parlerait de nous et notre histoire
déroulée dans une abstraction diffuse du
temps.
Comme si nous étions deux corps mouvants se déplaçant dans la brume épaisse d’un matin
frais. Deux corps qui s’aperçoivent parfois, qui se reflètent de temps à autre
près d’un étang et deux corps qui disparaissent l’un de l’autre. L’un dans la brume ou dans l’image de l’autre,
évanescents, pétrifiés dans le trouble et le tumulte de l’autre. Au moment où
je te perçois, poindre le bout de ton œil brillant, seul un morceau de toi se
démêle dans la vapeur opaque et pourtant, à ce moment-là, à cet endroit-là, c’est
bien toi tout entier que je trouve là. Quel est ce temps, quel est ce moment
où tu es là mais où je ne vois pas, où tu es là
mais je ne perçois pas, où tu es là
mais je ne sens pas. Ce n’est ni hier ni demain, ce n’est ni clair ni
obscur, c’est là, à cet endroit-là, à ce moment-là. Est-ce là une image qui se
propose à moi, une présence, un visuel, une impression, une abstraction, une
sensation : es-tu léger, es-tu massif, es-tu mort, es-tu vivant ? Le
temps-être, le maintenant vivant. D. est le temps. Et je sens à l’écriture
de ces mots sa présence, en moi, infinie.
La forme pure à chaque instant. La capture fugace d’un équilibre
parfait. Ici et maintenant. Et le temps subsiste. Le temps vole au-dessus de
nos têtes. Mais qui es-tu toi dans le nuage épais, es-tu l’odeur, es-tu
l’horreur, es-tu l’amour, es-tu le crime, es-tu le maître, es-tu le chien,
es-tu affecté, es-tu indifférent ? Tu es, dans toute ta place l’infinie
manière. Et je dis bien manière ; gai ou triste, actif ou passif. Tu es
dans toute ta transparence le remplissage du vide. Tu tiens entre deux de tes
doigts l’imparfaite rondeur cosmique de ton œil. Tu es le tout, tu es ma
partie. Aussi grand que puisse être
notre astre nocturne, la lune et le ciel se logent tout entier dans cet œil fractal et panoptique qui renvoie à des
milliards d’étoiles aussi proches que lointaines.
Tout cela n’est peut-être pas très clair, mais pourtant, il
te situe là où tu n’es pas. Il te ne fige pas à un endroit où tu es censé te
trouver.
Entre la forme et l’informe, entre le fini et l’indéfini, tu
es là. Tout entier. Tu captures le temps par ta mouvance, ta disparition avant,
ta disparition après. Ta présence avant, ta présence après. Ton absence à
l’instant T. Un envol, un survol, un élan, qui ne peuvent se saisir que par un
processus d’indifférence et de retrait, où l’on oublie son égo pour atteindre
l’écoulement du temps, une pure vacuité mentale, où naît l’éveil à l’événement.
Ton coup de clave est le miroir de mes émotions, ton fouet fendant l’air est l’immensité du
monde. Ta main sur ma peau diffuse le goutte-à-goutte de ma poche à perfusion
endomorphique. Ta mouvance est l’océan
de ma perte.
Ta volatilité est
l’étang de mon orgasme.
LA PLACE Où TU T’ECOULES. Et à cet endroit, je t’aime, de
toutes mes forces.
24 janv. 2014
23 déc. 2013
EXQUISITO CADAVER
discussion
désagréable qui s'éternise STOP
à quatre pattes encore sous les vapeurs d'alcool à quatre pattes la chienne dans un coin attend patiemment l'arrivée du
Maître gueule en arrière on
se la ferme mépris sourd baillon
dans la gueule la ferme - serré serré plus fort tête redréssée headache headache envie de dégueuler yeux bandés corps chaviré tourné tourné déboussolée déséquilibrée tourné tourné désincarnée rythmique rythmique
frénétique transe
métallique dissociée cordes
acérées coups assénés fatigue
fatigue la promesse d'une petite mort - répis - on reprend plus fort tant pis
résister ne pas pleurer attendre martinet ok ok – résister nos peaux frolées rappel rappel bientôt le
répis non badine redoutée attrapée je regarde erreur rattrapée châtiment mérité
pénitence Mon Maître est bon
Mon Maître est juste badine badine merci Mon Maître même carré de peau merci creusée la chair pénitence
pénitence Mon Maître saignée
la chienne badine mordu le caoutchouc apaisant entre les dents pénitence mordre mordre ne pas crier résister se montrer digne se montrer forte écraser entre les molaires caoutchouc plus
fort ne pas trop vaciller tenir
bon tenir l'équilibre se rappeler le moment après plus attachée plus fatiguée poussée plus loin tirer plus fort secoué à genoux sur le prie-dieu vulgaire emballage de viande sac à merde réceptacle à foutre rien
à foutre pendillé test de
confiance les cordes tirées la chair ficelée désarçonnée badine badine seins émaciés bras ankylosés extrémités anhestésiées toujours le fil test de l'équilibre chairs désincarnés salt salt marie céleste étranglée cellophanée se rappeler le après après sentir les doigts se laisser rassurer ne plus respirer ne plus avoir le choix
s'abandonner attendre le répis cogne cogne encore plus fort pas le moment encore martinet brins
d'acier martinet lames effervescentes martinet doigts échevelés la promesse bientôt la caresse bientôt
non pas encore partie dénigrée maintenant sollicitées effet souhaité non désiré con brûlé cul défoncé badine badine martinet martinet battoir trou noir prie-dieu chaviré jambes écartelés dos mouluré sculpté au culte du dieu scandé le claquement espacés les genoux docile la traînée claque claque maintenue écartée ligaments ligaturés claque claque deux lopins de chair fanée claque claque bientôt terminé perdue toute dignité yeux gonflés maquillage coulé corps translaté parquet rayé poupée désarticulée sur morceau de bois déplacé radeau remorqué pas encore rescapé raclé
bonne raclée pour la traînée les os
les restes acheminés conduit sur le matelas dos droit jambes écartées pas fini pas repentie travaillé le trou éprouver son élasticité défoncé défoncé hurlée sa meurtrissure psalmodier spasmodique répis répis cogné le con atrophié le plaisir disparue la
dimension spirituelle effacé restes des os du sang des peaux un objet violé possédé dépossédé vulnérable petite chose merdique sans âme échouée sur l’aimante
cruauté de son Maître mais aujourd'hui
pas de Maître le corps sans vie ulcéré macéré git sur le lit absente la caresse lancinement des vagues tuméfié
et déserté le retour est éreintant punie jusqu'au bout rien de mérité zéro consolation
bannie radié achevée dans l'exclusion ultime coup de fouet convulsions
léthargiques mon amour charogné épuisé
10 déc. 2013
17 nov. 2013
IGNOTI NULLA CUPIDO
J’éteins la lumière, je souffle sur la flamme
de ma conscience pour la libérer des dernières bribes de rationalité. Je coupe
le courant pour me mettre en position d’attente du joli plug chromé de Mon
Maître. Switchée la chienne.
À ce moment je sais que quoi qu’il arrive je remets ma vie entre ses mains.
À ce moment je sais que quoi qu’il arrive je remets ma vie entre ses mains.
Cela fait plusieurs heures que j’ai le souffle
coupé à l’idée de savoir que nous allons nous retrouver. Alors que je m’affaire
et me concentre à grand peine pour accomplir mes tâches quotidiennes, lever les
enfants, les langer, les écouter, leur sourire, essayer que le sourire ait
l’air sincère, mon esprit est déjà tourné vers le scénario qui doit se dérouler
à quelques mètres d’ici, à quelques heures de là.
Je rince l’assiette et la range sur
l’égouttoir. Mon regard se tourne irrésistiblement vers le cadran de l’horloge
qui indique 19H45. Plus qu’une heure et quinze minutes et je devrai partir. Je
dois me préparer et ne rien négliger dans tous ces rituels qui attisent le
brasier de mon entre cuisse. Ce qui m’anime plus que tout est de penser que je
me rends sur le lieu de mon dernier rendez-vous. Que je vais me passer de la
poudre sur le nez une dernière fois, embrasser mes enfants pour ne plus les
revoir. Je sens monter en moi la peur. Vais-je survivre à cette séance. Vais-je
encore y trouver du plaisir. Il n’y a pas de doute, c’est bien lui que je vais
rejoindre. Il sera là. Fidèle à nos rendez-vous et d’une ponctualité sans
failles. Mais au fond qui est-ce.
Qui est cet homme d’ailleurs. Christophe. Serge. Saura-t-il entendre lorsqu’il
sera encore temps de s’arrêter?
Une dernière fois. Mon reflet sur le chrome.
Vérifier ses cheveux. Oter à toute vitesse les derniers morceaux de cache-sexe.
Exit le coton. Welcome le latex.
Move the STOP switch
down.
Bruit puissant du barilier. La porte s’ouvre
directement sur la rue, pour laisser entrer le froid de cette nuit de novembre.
La tête à l’envers, perchée sur mon escalier, je ne peux m’empêcher de le regarder.
Pourtant je sais que je n’ai pas l’autorisation. Mes yeux doivent toujours
rester baissés et ne pas croiser son regard. Je ne suis pas digne de Mon
Maître.
Gosh, j’ai bien cru ne plus jamais le revoir.
Hors champ. Dans cet espace, pas de place aux
amertumes ou aménités. Aux surfaces lisses ou aux aspérités que nous imposent
la vie en société. Toutes nos forces sont concentrées sur la ligne que l’un et
l’autre, traçons dans l’espace. Une sorte de boucle formant un va et vient
vertical permanent entre la soumise et son Maître. Le symbole de l’infini. Cet éclat
scintillant bourdonne sournoisement pour embrasser nos deux corps inextricables.
Je me suis souvent demandé si nous percevions tous les deux ce ronflement. Une
sensation d’acouphène oxydant et qui ne s’arrête que lorsque nous nous
quittons. Ses mains accueillant de multiples accessoires sont irrémédiablement
attirées par ma peau diaphane. Et sans cesse ses muscles observent ma
souffrance, sa sueur me transperce par tous les orifices.
PLEASE Press the opposite side to
the symbol of the switch down.
Les six coups de badine ont retenti sous mes ongles et sur mes os. La
maîtrise s’est révélée plus ardente, et coup après coup, la passion s’est faite
plus cinglante. Je trouve le répit sur ses pieds, je profite de l’instant pour
me délecter de sa voute. Ces atmosphères dans lesquelles nous sommes perchés
dans un état de grande confusion procurent une acuité étonnante. Le cocktail
Endorphine Adrénaline Ocytocine qui macère en moi depuis des heures, a rendu
mon con obscènement purulant et mon cul outrageusement béant. Dans cet effort
insistant de Mon Maître à vouloir défoncer mon bassin et dans lequel je finis
par ne plus pouvoir distinguer laquelle des parties est sollicitée, j’attends ce
moment où un membre entier de son corps, son poing, sa tête liquidée en cire
perdue, trouvera dans l’écrin de ma chair un parfait moulage d’antimatière.
Inscription à :
Articles (Atom)



