24 mai 2011

Ses épaules sont bloquées. C’est avec son avant-bras qu’il rabat d’un coup franc la terre à l’aide d’un râteau. Il gonfle sa bedaine pour éviter d’étouffer trop vite. Il aime sentir l’humus dévaler sa peau, retenue doucement par sa pilosité brune. Il rabat. Il rabat. Il aime le sentir se coller à ses lèvres et salive à l’odeur de la poussière. Il a déjà enseveli la moitié de son corps qui se raidit toujours plus. Personne ne sait depuis combien de temps il est dans cette étuve. Trois minutes, ou peut-être une année. Il retient sa respiration et enfle à vue d’œil. Ses jambes sont déjà en partie immobilisées, recouverte de son édredon humide. Il se plaint de douleurs aux genoux, de celle remontants depuis les chevilles. Sa tête est lourde et se heurte au caisson de bois, chaque fois qu’il donne un coup de pied. Poum. Poum. Il est encore en vie. Il le croit en tout cas parce ça résonne encore. Dans son corps. Il ressent cette douleur. Elle n’est donc pas vaine… Il ne peut donc être qu’en vie ?
Lui-même ne reconnaît pas sa voix, il ne s’entend plus hurler d’ailleurs : cri plaintif ou jouissif…peut-être a-t-il arrêté de gémir tout simplement... Et la tête lui tourne, sa nuque est engourdie. Il est enivré par cette sensation de vertige dans laquelle il trouve enfin une issue. Il se répète en lui-même, pour mieux s’en convaincre probablement : « Eu sou um foragido »…car quelqu’un a dit de lui, un jour, qu’il était LIBRE.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Personne ne t'oblige à me lire...En même temps si ça te permet d'enrichir ton vocabulaire...C'est toujours ça de pris....

Loïc a dit…

In girum imus nocte et consumimur igni

Nous qui tournons en rond la nuit et qui sommes consumés par le feu.

C'est un palindrome.