14 févr. 2014

LE TEMPS Où TU TE TROUVES


Je voulais t’écrire une lettre qui ait un rapport au temps, une lettre qui parlerait de toi, qui parlerait de nous et notre histoire déroulée dans une abstraction diffuse du temps.
Comme si nous étions deux corps mouvants se déplaçant dans la brume épaisse d’un matin frais. Deux corps qui s’aperçoivent parfois, qui se reflètent de temps à autre près d’un étang et deux corps qui disparaissent l’un de l’autre. L’un dans la brume ou dans l’image de l’autre, évanescents, pétrifiés dans le trouble et le tumulte de l’autre. Au moment où je te perçois, poindre le bout de ton œil brillant, seul un morceau de toi se démêle dans la vapeur opaque et pourtant, à ce moment-là, à cet endroit-là, c’est bien toi tout entier que je trouve là. Quel est ce temps, quel est ce moment où tu es là mais où je ne vois pas, où tu es là  mais je ne perçois pas, où tu es là  mais je ne sens pas. Ce n’est ni hier ni demain, ce n’est ni clair ni obscur, c’est là, à cet endroit-là, à ce moment-là. Est-ce là une image qui se propose à moi, une présence, un visuel, une impression, une abstraction, une sensation : es-tu léger, es-tu massif, es-tu mort, es-tu vivant ? Le temps-être, le maintenant vivant. D. est le temps. Et je sens à l’écriture de ces mots sa présence, en moi, infinie.  La forme pure à chaque instant. La capture fugace d’un équilibre parfait. Ici et maintenant. Et le temps subsiste. Le temps vole au-dessus de nos têtes. Mais qui es-tu toi dans le nuage épais, es-tu l’odeur, es-tu l’horreur, es-tu l’amour, es-tu le crime, es-tu le maître, es-tu le chien, es-tu affecté, es-tu indifférent ? Tu es, dans toute ta place l’infinie manière. Et je dis bien manière ; gai ou triste, actif ou passif. Tu es dans toute ta transparence le remplissage du vide. Tu tiens entre deux de tes doigts l’imparfaite rondeur cosmique de ton œil. Tu es le tout, tu es ma partie. Aussi grand que puisse être notre astre nocturne, la lune  et le ciel se logent tout entier dans cet œil fractal et panoptique qui renvoie à des milliards d’étoiles aussi proches que lointaines.
Tout cela n’est peut-être pas très clair, mais pourtant, il te situe là où tu n’es pas. Il te ne fige pas à un endroit où tu es censé te trouver.
Entre la forme et l’informe, entre le fini et l’indéfini, tu es là. Tout entier. Tu captures le temps par ta mouvance, ta disparition avant, ta disparition après. Ta présence avant, ta présence après. Ton absence à l’instant T. Un envol, un survol, un élan, qui ne peuvent se saisir que par un processus d’indifférence et de retrait, où l’on oublie son égo pour atteindre l’écoulement du temps, une pure vacuité mentale, où naît l’éveil à l’événement. Ton coup de clave est le miroir de mes émotions,  ton fouet fendant l’air est l’immensité du monde. Ta main sur ma peau diffuse le goutte-à-goutte de ma poche à perfusion endomorphique.  Ta mouvance est l’océan de ma perte.
 Ta volatilité est l’étang de mon orgasme.


LA PLACE Où TU T’ECOULES. Et à cet endroit, je t’aime, de toutes mes forces.

23 déc. 2013

EXQUISITO CADAVER



discussion désagréable qui s'éternise STOP
 à quatre pattes            encore   sous les vapeurs d'alcool           à quatre pattes la chienne dans un coin            attend patiemment l'arrivée du Maître       gueule en arrière              on se la ferme mépris sourd            baillon dans la gueule         la ferme - serré            serré plus fort tête redréssée           headache headache            envie de dégueuler            yeux bandés corps chaviré           tourné tourné déboussolée            déséquilibrée            tourné tourné              désincarnée rythmique rythmique frénétique                 transe métallique dissociée              cordes acérées coups assénés               fatigue fatigue                  la promesse d'une petite mort            - répis -              on reprend plus fort tant pis résister ne pas pleurer attendre martinet            ok ok – résister              nos peaux frolées         rappel rappel                bientôt le répis                       non                badine redoutée attrapée                  je regarde                     erreur                 rattrapée châtiment mérité pénitence              Mon Maître est bon Mon Maître est juste badine badine           merci Mon Maître                 même carré de peau            merci              creusée la chair pénitence pénitence              Mon Maître            saignée la chienne          badine            mordu le caoutchouc         apaisant entre les dents          pénitence         mordre mordre          ne pas crier résister       se montrer digne           se montrer forte        écraser entre les molaires caoutchouc              plus fort ne pas trop vaciller           tenir bon tenir            l'équilibre        se rappeler le moment           après plus attachée       plus fatiguée          poussée plus loin          tirer plus fort           secoué à genoux sur le prie-dieu           vulgaire emballage de viande     sac à merde     réceptacle à foutre     rien à foutre        pendillé test de confiance          les cordes tirées           la chair ficelée    désarçonnée         badine badine        seins émaciés         bras ankylosés      extrémités anhestésiées      toujours le fil        test de l'équilibre           chairs désincarnés         salt salt marie céleste           étranglée    cellophanée      se rappeler le après      après sentir les doigts      se laisser rassurer         ne plus respirer ne plus avoir le choix         s'abandonner attendre le répis           cogne cogne         encore plus fort        pas le moment encore martinet         brins d'acier     martinet        lames effervescentes martinet   doigts échevelés        la promesse       bientôt la caresse         bientôt        non pas encore         partie dénigrée       maintenant sollicitées effet souhaité     non désiré    con brûlé        cul défoncé      badine badine martinet martinet        battoir     trou noir       prie-dieu chaviré        jambes écartelés dos mouluré    sculpté au culte du dieu     scandé le claquement espacés les genoux      docile la traînée    claque claque     maintenue écartée ligaments ligaturés     claque claque     deux lopins de chair     fanée claque claque     bientôt terminé    perdue toute dignité    yeux gonflés    maquillage coulé    corps translaté   parquet rayé    poupée désarticulée     sur morceau de bois déplacé    radeau remorqué   pas encore rescapé    raclé bonne raclée   pour la traînée    les os  les restes   acheminés   conduit   sur le matelas   dos droit jambes écartées   pas fini   pas repentie   travaillé le trou   éprouver son élasticité   défoncé défoncé   hurlée sa meurtrissure    psalmodier spasmodique   répis répis   cogné le con atrophié   le plaisir disparue   la dimension spirituelle effacé    restes des os   du sang   des peaux   un objet violé   possédé   dépossédé vulnérable petite chose merdique   sans âme échouée   sur l’aimante cruauté de son Maître   mais aujourd'hui pas de Maître le corps sans vie ulcéré macéré git sur le lit  absente la caresse lancinement des vagues tuméfié et déserté le retour est éreintant punie jusqu'au bout    rien de mérité   zéro   consolation bannie radié achevée dans l'exclusion ultime coup de fouet convulsions léthargiques mon amour charogné épuisé

18 déc. 2013

La liberté d'autrui étend la mienne à l'infini. 

                                                                              Mikhaïl Bakounine (1814-1876)

10 déc. 2013


17 nov. 2013

IGNOTI NULLA CUPIDO



J’éteins la lumière, je souffle sur la flamme de ma conscience pour la libérer des dernières bribes de rationalité. Je coupe le courant pour me mettre en position d’attente du joli plug chromé de Mon Maître. Switchée la chienne.
À ce moment je sais que quoi qu’il arrive je remets ma vie entre ses mains.
Cela fait plusieurs heures que j’ai le souffle coupé à l’idée de savoir que nous allons nous retrouver. Alors que je m’affaire et me concentre à grand peine pour accomplir mes tâches quotidiennes, lever les enfants, les langer, les écouter, leur sourire, essayer que le sourire ait l’air sincère, mon esprit est déjà tourné vers le scénario qui doit se dérouler à quelques mètres d’ici, à quelques heures de là.
Je rince l’assiette et la range sur l’égouttoir. Mon regard se tourne irrésistiblement vers le cadran de l’horloge qui indique 19H45. Plus qu’une heure et quinze minutes et je devrai partir. Je dois me préparer et ne rien négliger dans tous ces rituels qui attisent le brasier de mon entre cuisse. Ce qui m’anime plus que tout est de penser que je me rends sur le lieu de mon dernier rendez-vous. Que je vais me passer de la poudre sur le nez une dernière fois, embrasser mes enfants pour ne plus les revoir. Je sens monter en moi la peur. Vais-je survivre à cette séance. Vais-je encore y trouver du plaisir. Il n’y a pas de doute, c’est bien lui que je vais rejoindre. Il sera là. Fidèle à nos rendez-vous et d’une ponctualité sans failles.  Mais au fond qui est-ce. Qui est cet homme d’ailleurs. Christophe. Serge. Saura-t-il entendre lorsqu’il sera encore temps de s’arrêter? 

Une dernière fois. Mon reflet sur le chrome. Vérifier ses cheveux. Oter à toute vitesse les derniers morceaux de cache-sexe. Exit le coton. Welcome le latex.

Move the STOP switch down.

Bruit puissant du barilier. La porte s’ouvre directement sur la rue, pour laisser entrer le froid de cette nuit de novembre. La tête à l’envers, perchée sur mon escalier, je ne peux m’empêcher de le regarder. Pourtant je sais que je n’ai pas l’autorisation. Mes yeux doivent toujours rester baissés et ne pas croiser son regard. Je ne suis pas digne de Mon Maître.

Gosh, j’ai bien cru ne plus jamais le revoir.

Hors champ. Dans cet espace, pas de place aux amertumes ou aménités. Aux surfaces lisses ou aux aspérités que nous imposent la vie en société. Toutes nos forces sont concentrées sur la ligne que l’un et l’autre, traçons dans l’espace. Une sorte de boucle formant un va et vient vertical permanent entre la soumise et son Maître. Le symbole de l’infini. Cet éclat scintillant bourdonne sournoisement pour embrasser nos deux corps inextricables. Je me suis souvent demandé si nous percevions tous les deux ce ronflement. Une sensation d’acouphène oxydant et qui ne s’arrête que lorsque nous nous quittons. Ses mains accueillant de multiples accessoires sont irrémédiablement attirées par ma peau diaphane. Et sans cesse ses muscles observent ma souffrance, sa sueur me transperce par tous les orifices. 


PLEASE Press the opposite side to the symbol of the switch down.


Les six coups de badine ont retenti sous mes ongles et sur mes os. La maîtrise s’est révélée plus ardente, et coup après coup, la passion s’est faite plus cinglante. Je trouve le répit sur ses pieds, je profite de l’instant pour me délecter de sa voute. Ces atmosphères dans lesquelles nous sommes perchés dans un état de grande confusion procurent une acuité étonnante. Le cocktail Endorphine Adrénaline Ocytocine qui macère en moi depuis des heures, a rendu mon con obscènement purulant et mon cul outrageusement béant. Dans cet effort insistant de Mon Maître à vouloir défoncer mon bassin et dans lequel je finis par ne plus pouvoir distinguer laquelle des parties est sollicitée, j’attends ce moment où un membre entier de son corps, son poing, sa tête liquidée en cire perdue, trouvera dans l’écrin de ma chair un parfait moulage d’antimatière.





12 sept. 2013